Combien coûte vraiment un gramme d’or sorti de terre ?

Vue aérienne d'une fosse à ciel ouvert avec ses gradins
Reportage

Combien coûte vraiment un gramme d’or sorti de terre ?

Agnico Eagle vient de publier des résultats trimestriels record. Derrière les bénéfices, une question que l’on se pose rarement quand on tient un lingot dans la main : que coûte, réellement, chaque gramme extrait des profondeurs ?

Par Anaïs, Directrice des opérations, Gold & Silver CompanySamedi 31 octobre 2026Lecture : 6 min
137$/gprix de vente moyen obtenu par Agnico Eagle au 3e trimestre
53$/gcoût complet pour extraire ce gramme (1 648 $ l’once)
25,3td’or produites en trois mois, soit 6 % de moins qu’un an plus tôt
+24%hausse du coût complet en un an, de 43 à 53 $ le gramme

Abitibi, Québec

Une paroi, un trimestre

Au Québec, dans la région d’Abitibi, l’un des plus grands complexes aurifères d’Amérique du Nord a connu un été agité. Le 1er juillet 2026, une partie de la paroi nord de la fosse de Barnat, au cœur du complexe de Canadian Malartic, s’est mise en mouvement. Personne n’a été blessé, aucun équipement n’a été endommagé. Mais l’extraction a été suspendue.

L’incident n’a rien d’une catastrophe, et l’entreprise le dit elle-même : la zone avait été identifiée comme géotechniquement plus fragile et faisait déjà l’objet d’une surveillance renforcée. Pendant l’évaluation, l’usine de traitement a continué de tourner grâce aux stocks de minerai déjà extrait.

Le propriétaire de la mine, Agnico Eagle, est le premier producteur d’or du Canada. Mercredi 28 octobre, il a présenté ses résultats du troisième trimestre : un bénéfice net de 1,35 milliard de dollars, en hausse de 28 % sur un an, et un bénéfice par action ajusté de 2,62 $, au-dessus des 2,56 $ attendus.

La fosse de Canadian Malartic en exploitation : gradins, engins et parois
La fosse de Canadian Malartic, en Abitibi : les gradins descendent vers le minerai, les parois se surveillent au quotidien. Photo : Ptijue / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Les dates à retenir

Du 1er juillet au 28 octobre

  1. Mouvement de roche dans la paroi nord de Barnat. Extraction suspendue, aucun blessé.

  2. L’usine tourne sur les stocks. La production du groupe recule de 6,1 % à 814 012 onces.

  3. Après les travaux de remédiation (berm de sécurité, nouvelle rampe), l’extraction reprend à Barnat.

  4. Publication des résultats : bénéfice record, coûts en hausse, prévisions maintenues.

  5. Date d’épuisement prévue de la fosse de Barnat, avant cet incident.

Reste que selon le groupe, le deuxième semestre 2026 pourrait perdre entre 60 000 et 80 000 onces, soit environ 1,9 à 2,5 tonnes d’or. Pour 2027 et 2028, le risque atteint jusqu’à 150 000 onces par an, soit près de 4,7 tonnes annuelles, selon les conclusions de l’évaluation.

Au troisième trimestre, la production s’est établie à 814 012 onces. Cela représente 25,3 tonnes d’or en trois mois, le rythme d’un géant.

Diaporama

Sur place, en images

Vue aérienne d'une fosse à ciel ouvert avec ses gradins et ses pistes
Vue du ciel sur une fosse à ciel ouvert : les gradins, les pistes, l’échelle. Photo : Mark Thomas / Pexels.
Camion de chantier de plusieurs centaines de tonnes dans une fosse
À cette échelle, un camion de plusieurs centaines de tonnes ressemble à un jouet. Photo : Rafael Silva / Pexels.
Coulée d'or fondu dans les moules à la mine LaRonde
Coulée d’or à la mine LaRonde d’Agnico Eagle, en Abitibi. Photo : Agnico Eagle, domaine public.
Site minier isolé au bord du lac Contwoyto, au Nunavut
Au-delà du cercle polaire, un site minier ne vit que par le ravitaillement. Photo : Mike Beauregard, licence CC BY 2.0.

Les coûts

Ce que coûte un gramme

Dans le métier, on parle de coût de maintien complet, en anglais all-in sustaining cost. Il additionne les frais d’exploitation et les investissements nécessaires pour que la mine continue de produire. Chez Agnico Eagle, il atteint 1 648 $ l’once au troisième trimestre, contre 1 331 $ un an plus tôt. Ramené au gramme : environ 53 $, contre 43 $.

Les raisons sont très concrètes. À Nunavut, dans l’Arctique canadien, la facture de diesel dépasse d’environ 45 % le budget, malgré les couvertures mises en place. Le diesel pèse à peu près 11 % des coûts d’exploitation du groupe. Les consommables et fournitures, près de 30 %, subissent une inflation d’environ 6 %.

Le chiffre du trimestre se situe environ 100 $ au-dessus de la fourchette annoncée pour l’année entière, 1 400 à 1 550 $ l’once. Le groupe maintient ses prévisions annuelles, en précisant qu’il se situera plutôt dans le haut de la fourchette pour les coûts et dans le bas pour la production.

Dollars américains par gramme d’or 43 69 112 T3 2025 53 84 137 T3 2026 coût complet marge Valeurs arrondies. Le sommet de chaque colonne est le prix de vente moyen.
Calcul GSC à partir des prix réalisés (3 476 $ et 4 264 $ l’once) et des coûts de maintien complets (1 331 $ et 1 648 $ l’once), à raison de 31,1035 g par once.

« Une performance opérationnelle solide a contribué à une forte génération de trésorerie. »
Ammar Al-Joundi, directeur général d’Agnico Eagle, communiqué du 28 octobre 2026 (traduction libre)

La marge

La vraie vedette du bilan

Pourquoi des résultats aussi flatteurs malgré cela ? Parce que le prix de vente a grimpé plus vite que les coûts. Agnico Eagle a vendu son or en moyenne 4 264 $ l’once ce trimestre, soit 22,7 % de plus qu’au troisième trimestre 2025. Pour chaque once vendue, il reste environ 2 616 $ une fois tous les coûts de maintien couverts, autour de 84 $ le gramme. Le coût complet ne représente plus qu’environ 39 % du prix obtenu.

Le groupe a dégagé 1,755 milliard de dollars de flux de trésorerie d’exploitation et 852 millions de dollars de trésorerie disponible, en baisse de 28 % sur un an. Il a reversé 478 millions de dollars à ses actionnaires, dont 250 millions en rachats d’actions, et prévoit, aux cours actuels, de leur restituer plus de la moitié de sa trésorerie disponible de 2026. Au 30 septembre, ses liquidités atteignaient 3,6 milliards de dollars.

En vidéo

Dans le ventre de la mine

Un court film d’entreprise ou d’actualité aide à mesurer l’échelle de ces chantiers : des camions de plusieurs centaines de tonnes, une fosse de plusieurs centaines de mètres, une usine qui ne s’arrête jamais.

La mine Canadian Malartic présentée par Agnico Eagle elle-même (chaîne officielle, 1 min 36).
Pour celui qui détient de l’or

Et pour vous ?

Il serait tentant de conclure que le coût de production forme un plancher sous le cours de l’or. L’histoire des marchés invite à la prudence : le prix de l’or se forme sur des décisions d’investisseurs, de banques centrales et de ménages, pas sur la facture de diesel d’une mine de l’Arctique. À long terme, les coûts dessinent un horizon, rien de plus. Un prix peut parfaitement passer sous le coût d’extraction de certaines mines, qui doivent alors ralentir ou fermer.

L’enseignement est ailleurs. Un incident sur une seule paroi, dans une seule fosse, suffit à retrancher plusieurs tonnes d’or à la production d’un groupe qui en extrait plus de cent par an. Lorsque ce même groupe détaille ses projets d’agrandissement à Canadian Malartic, Detour Lake, Upper Beaver et Hope Bay, c’est à l’échelle de la décennie qu’il raisonne : ces projets pourraient porter sa production de 20 à 30 % au-dessus de son niveau actuel, avec plus de 4 millions d’onces envisagées au début des années 2030.

L’or n’est pas un produit que l’on fabrique à la demande. Chaque gramme est l’aboutissement de plusieurs années d’investissements, de forages, de permis et de machines, avec une part d’aléas que personne ne maîtrise, de la roche instable aux prix du carburant.

Une nuance à ne pas oublier : les producteurs d’or restent plus exposés que le métal lui-même. Quand les coûts montent et que le cours se retourne, leurs marges se contractent plus vite que le prix du lingot. Posséder de l’or physique et détenir des actions de mines relèvent de deux logiques différentes.

Pour s’équiper en or physique, le détail de notre gamme est à retrouver sur notre site : pièces d’investissement et lingots.

Sources : communiqués d’Agnico Eagle, 2 juillet 2026 (fosse de Barnat) et 28 octobre 2026 (résultats du troisième trimestre). Conversions : 1 once troy = 31,1035 g, calculs GSC. Les chiffres sont exprimés en dollars américains. Ce reportage est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.