Fin 2025, un seuil que peu d’observateurs pensaient franchir de leur vivant a été franchi : la valeur des réserves d’or détenues par les États a dépassé celle des bons du Trésor américain détenus par les institutions officielles étrangères. La Réserve fédérale américaine a publié début septembre une note de recherche pour relativiser la portée de ce basculement. La Banque centrale européenne l’avait précédée en juin, avec des arguments voisins. Quand les deux gardiennes des grandes monnaies occidentales prennent la plume pour expliquer qu’un événement ne mérite pas l’attention qu’on lui porte, l’expérience enseigne qu’il la mérite doublement.
Un basculement historique dans les coffres des banques centrales
À la fin de 2025, les réserves d’or mondiales représentaient 5 100 milliards de dollars. Même en retirant le stock des États-Unis, premier détenteur mondial, il reste 4 000 milliards de dollars d’or souverain, contre 3 900 milliards de bons du Trésor américain aux mains des banques centrales et institutions officielles étrangères. Le chiffre ne vient pas d’un cercle de passionnés du métal : il figure dans la note de la Réserve fédérale elle-même.
Ce basculement repose sur deux moteurs. Le premier est le prix : l’or s’est apprécié d’environ 30 % en 2024, puis d’environ 60 % en 2025. Le second est l’accumulation : plus de 1 000 tonnes d’achats nets par an entre 2022 et 2024, encore près de 850 tonnes en 2025, soit environ le double du rythme de la décennie précédente. Et le mouvement n’est pas terminé. Dans l’enquête annuelle du World Gold Council, 45 % des banques centrales interrogées, un record, déclarent vouloir augmenter leurs propres réserves d’or dans les douze prochains mois, et 89 % anticipent une hausse des réserves d’or mondiales.
La Fed et la BCE minimisent, et c’est précisément le signal
Les deux institutions avancent des arguments recevables. L’essentiel de la hausse tient à la valorisation, pas à un emballement soudain des achats. Une poignée de pays, États-Unis, Allemagne, France et Italie en tête, détiennent des stocks hérités de l’ère de Bretton Woods, si massifs que l’or représente plus de 80 % de leurs réserves internationales. La BCE ajoute qu’en corrigeant les effets de prix au cours de l’or de fin 2023, la part de l’or dans les réserves mondiales (16 %) ne ferait que rejoindre celle de l’euro (16 %), loin derrière les bons du Trésor. La Fed précise même qu’à la mi-2026, les Treasuries étaient repassés devant l’or détenu hors États-Unis.
Ces précisions méritent d’être lues attentivement, car elles disent beaucoup. Même corrigé de tous les effets de valorisation, l’or fait désormais jeu égal avec la deuxième monnaie du monde dans les réserves officielles. Et la valorisation n’est pas un artefact statistique : c’est le prix que le marché mondial accepte de payer pour un actif sans contrepartie, sans émetteur et sans risque de défaut. Les banques centrales, elles, votent avec leurs coffres : 84 % s’attendent à ce que l’or pèse davantage dans les réserves mondiales d’ici cinq ans, et 74 % anticipent un recul de la part du dollar.
40 000 milliards de dollars : la dette qui change la fonction de l’or
À la mi-août, la dette publique des États-Unis a franchi les 40 000 milliards de dollars, un doublement en moins de dix ans. Dans le même temps, le Trésor américain a étendu son programme de rachats de ses propres obligations à long terme, afin de soutenir un compartiment du marché où la demande privée se fait plus hésitante. Face à une dette de cette taille, un État n’a que trois options : réduire ses dépenses, accepter des taux durablement plus élevés, ou contenir les taux en laissant l’inflation éroder la valeur réelle de ce qu’il doit. Les marchés semblent de moins en moins convaincus que la première voie sera choisie.
Ce doute transforme la lecture des taux d’intérêt. Traditionnellement, des taux réels en hausse pénalisent l’or, qui ne verse ni intérêt ni dividende. Mais quand les taux montent parce que les investisseurs s’interrogent sur la soutenabilité budgétaire d’un État, la logique s’inverse : l’or cesse d’être un pari sur les taux et redevient ce qu’il a toujours été, une réserve de pouvoir d’achat qui ne dépend de la signature de personne. C’est ce déplacement, discret mais profond, qui s’est joué cet été sur les marchés obligataires.
L’Europe n’est pas spectatrice : l’or y pèse plus que l’euro
Le rapport publié en juin par la BCE contient une donnée que peu de commentaires ont relevée : fin 2025, l’or représentait 27 % des réserves officielles mondiales, devant les bons du Trésor américain (22 %) et devant l’euro lui-même (15 %). Pour un épargnant européen, le constat vaut d’être médité : dans les coffres des banques centrales de la planète, le métal pèse aujourd’hui près de deux fois plus lourd que la monnaie qu’il a en poche.
L’Europe est d’ailleurs actrice du mouvement. La Pologne a été le premier acheteur officiel mondial en 2025, avec une centaine de tonnes, devant le Kazakhstan, le Brésil, la Chine et la Turquie. Depuis 2022, Varsovie a accumulé 320 tonnes, presque autant que Pékin. Et le miroir de la dette américaine se trouve aussi de ce côté de l’Atlantique : selon Eurostat, la dette publique de la zone euro approche les 89 % du PIB, avec la Grèce à 143,5 %, l’Italie à 138,9 %, la France à 117,6 % et la Belgique à 109,1 %. La mécanique des trois options s’applique mot pour mot à l’Europe. La Belgique, elle, détient 227 tonnes d’or dans ses réserves officielles : un héritage qui n’a jamais aussi bien porté son nom.
La leçon turque : l’or est la liquidité de dernier recours
L’exemple le plus instructif de l’année ne vient pourtant pas d’un acheteur, mais d’un vendeur. La Turquie, qui avait accumulé 220 tonnes d’or depuis 2022, en a cédé ou prêté environ 130 tonnes pour défendre sa monnaie et absorber la flambée de sa facture énergétique après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Certains y ont vu un désaveu du métal. C’est l’inverse.
Quand un pays traverse la tempête, il ne vend pas ce qui ne vaut rien : il mobilise ce qui se convertit instantanément, partout, sans décote de confiance. L’or turc a joué exactement le rôle pour lequel les banques centrales le détiennent, celui d’actif de réserve ultime, utilisable quand les autres canaux se ferment. Même par la vente, la Turquie a confirmé la fonction monétaire de l’or. Les épargnants peuvent transposer cette leçon à leur échelle : une réserve ne se juge pas aux jours calmes, mais aux jours difficiles.
Des tonnes aux grammes : ce que cela signifie pour l’épargnant européen
D’après notre expérience sur le terrain chez Gold & Silver Company, nous constatons que les particuliers raisonnent de plus en plus comme des banquiers centraux : ils ne cherchent pas un placement de plus, ils constituent une réserve, en grammes plutôt qu’en tonnes, pour les mêmes motifs que les États. Le mouvement se lit aussi dans les cours en euros : l’once évolue au-dessus de 3 700 euros, après un record au-delà de 5 000 dollars en janvier, une correction d’environ 30 % étalée sur plusieurs mois, puis un net rebond au mois d’août.
Cette volatilité n’a rien d’anormal après une telle séquence, et nul ne doit s’attendre à une progression en ligne droite. Nous ne faisons pas de prévision de cours : ce n’est pas notre métier. Les grandes maisons financières, elles, s’y risquent : State Street a fixé un objectif de 5 000 dollars l’once en fin d’année, son responsable de la stratégie or évoquant même les 10 000 dollars comme une question de calendrier plutôt que de principe, tandis que Natixis et UBS publient des objectifs du même ordre. Ce qui relève en revanche du constat, c’est que la demande des banques centrales soutient structurellement le marché physique, pour les épargnants comme pour les professionnels du métal. Ceux qui souhaitent s’y exposer privilégient une entrée progressive, en pièces d’investissement cotées ou en lingots certifiés, plutôt qu’un point d’entrée unique, et suivent le cours de l’or en euros plutôt qu’en dollars : c’est dans leur monnaie que se joue leur pouvoir d’achat.
Questions fréquentes sur l’or et les réserves des banques centrales
Les banques centrales achètent de l’or : dois-je faire la même chose avec mon épargne ?
Les banques centrales n’achètent pas de l’or pour spéculer : elles cherchent un actif qui ne dépend d’aucun émetteur et qui traverse les crises. Un particulier peut appliquer la même logique à son échelle, en y consacrant une fraction de son patrimoine et en entrant progressivement, afin de réduire le risque lié à un point d’entrée unique. Chez Gold & Silver Company, en agence à Dottignies, nos conseillers reçoivent sans rendez-vous, du lundi au samedi à partir de 10 h, pour expliquer les formats adaptés à chaque situation, des pièces d’investissement cotées aux lingots produits par notre raffinerie. Expliquer avant de vendre, comprendre avant d’acheter : c’est notre façon de travailler.
J’habite en France ou en Belgique : comment acheter de l’or physique auprès d’une raffinerie ?
Il n’est pas nécessaire d’être une institution pour acheter au plus près de la source. Gold & Silver Company est une raffinerie agréée par la Monnaie Royale de Belgique (MRB) : les lingots y sont fondus, contrôlés et certifiés sur place, dans son propre laboratoire d’analyse. Les prix, indexés sur le cours en temps réel, sont affichés publiquement sur le site et mis à jour en continu. Vous pouvez venir en agence à Dottignies, sans rendez-vous, du lundi au samedi à partir de 10 h, ou nous écrire pour un achat à distance : nous vous en détaillons alors chaque étape, du bon de commande à l’expédition en colis discret, assuré et remis exclusivement contre signature.
Je possède des bijoux ou des pièces héritées : la hausse actuelle change-t-elle leur valeur ?
Oui, directement. La valeur d’un bijou en or suit le cours du métal, et un lot estimé il y a quelques années vaut aujourd’hui sensiblement plus. En agence, l’estimation est immédiate, gratuite et sans engagement : le contrôle et la pesée se font devant vous, l’écran de la balance tourné vers le client, et le poids se lit au moment de la pesée. Les pièces potentiellement rares sont examinées par nos numismates, car certaines valent davantage que leur poids d’or. Beaucoup de visiteurs repartent surpris de la valeur réelle de ce qui dormait dans un tiroir. En moins de trente minutes, vous savez ce que votre or représente au cours du jour.
L’argent métal profite-t-il des mêmes moteurs que l’or ?
En grande partie, oui. L’argent partage avec l’or le statut de métal monétaire historique, tout en portant une demande industrielle croissante, du photovoltaïque à l’électronique. Lorsque le ratio entre le prix de l’or et celui de l’argent s’établit à des niveaux historiquement élevés, une partie des investisseurs se tourne vers le métal blanc, jugé en retard sur son aîné. Gold & Silver Company achète et vend l’argent sous toutes ses formes, lingots, pièces et argenterie, avec la même exigence d’analyse que pour l’or. Nos équipes traitent chaque semaine des volumes importants en agence et vous conseillent selon votre objectif, qu’il s’agisse de patrimoine ou de diversification.
Mis à jour le 5 septembre 2026 par la rédaction de Gold & Silver Company.
