Belgique ou Suisse : deux modèles de l’or, deux philosophies

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Trente secondes avec nos experts

La Suisse affine, selon les estimations, du tiers aux deux tiers de l’or mondial, mais ses raffineries ne vendent pas aux particuliers : elles alimentent les banques et renvoient les épargnants vers des réseaux de revendeurs. La Belgique a fait le choix inverse : des raffineries ouvertes au public, qui achètent et vendent en direct, en euros, au cours du jour. C’est le modèle que pratique Gold & Silver Company, Fonderie-Raffinerie agréée par la Monnaie Royale de Belgique, à Dottignies (Mouscron).

Deux pôles, deux philosophies

L’Europe abrite deux pôles majeurs de l’or : la Suisse et la Belgique. Ces deux pays jouent un rôle important dans le raffinage et la circulation du métal précieux, mais leurs modèles reposent sur des philosophies radicalement différentes. D’un côté, la Suisse concentre la puissance industrielle et l’essentiel du raffinage mondial. De l’autre, la Belgique défend un modèle ouvert et transparent, accessible directement aux particuliers.

Cette divergence ne doit rien au hasard, elle s’est construite. Lorsque le London Gold Pool s’effondre en 1968, la place de Zurich prend le relais du marché de l’or physique et les grandes banques helvétiques de l’époque font grandir, autour de leurs besoins, un appareil de raffinage taillé pour les volumes interbancaires. La Belgique hérite d’une autre tradition, celle des fondeurs et des affineurs au contact du public, dans la lignée d’une histoire de l’affinage qui remonte aux premières civilisations.

La Suisse : une puissance industrielle tournée vers les institutions

La Suisse est aujourd’hui le centre névralgique du raffinage mondial. Les estimations les plus citées avancent que la moitié, voire les deux tiers de l’or de la planète y transite chaque année ; le Secrétariat d’État suisse à l’économie, plus prudent, retient environ 1 600 tonnes raffinées en 2023 pour un total mondial de l’ordre de 4 700 tonnes, soit un tiers. Un point, lui, ne se discute pas : la capacité installée. Les quatre premières raffineries du pays, concentrées pour l’essentiel au Tessin, affichent à elles seules une capacité cumulée supérieure à 4 000 tonnes par an, et le Conseil fédéral a relevé que le pays a importé jusqu’à 2 400 tonnes d’or sur une seule année.

Cette concentration unique confère au pays un rôle incontournable : la plupart des lingots et pièces échangés à l’international ont transité par ces unités, et Berne encadre le secteur par l’une des législations les plus strictes au monde, la loi fédérale sur le contrôle des métaux précieux. Mais ce modèle est entièrement tourné vers les flux institutionnels. Les raffineries suisses ne traitent pas directement avec les particuliers. Lorsqu’elles mentionnent un accès aux épargnants, elles renvoient en réalité vers un réseau de revendeurs agréés, dont la liste figure sur leurs sites officiels. Certaines affichent même en ligne des catalogues de lingots, mais il s’agit uniquement de vitrines : aucun achat direct n’est possible auprès de la raffinerie elle-même. Les particuliers doivent passer par des intermédiaires, ce qui ajoute des frais de distribution et limite la transparence.

Les chiffres à retenir

  • Jusqu’à 2 400 tonnes d’or importées en Suisse sur une seule année, selon le Conseil fédéral.
  • Plus de 4 000 tonnes de capacité annuelle cumulée pour les quatre premières raffineries helvétiques.
  • De 350 à 430 onces, soit environ onze à treize kilos : le format d’une barre Good Delivery.
  • 10 000 euros : le seuil de déclaration en douane pour l’or à l’entrée de l’Union européenne.

Le label LBMA : à quoi sert-il vraiment ?

Les lingots suisses portent souvent la mention « Good Delivery » de la LBMA, la London Bullion Market Association. Ce label est réel et sérieux, mais il faut comprendre à qui il s’adresse. La LBMA accrédite des raffineurs pour le marché interbancaire de Londres, où circulent des barres de 350 à 430 onces de fin, soit environ onze à treize kilos, titrant au minimum 995 millièmes. Trois raffineries helvétiques comptent d’ailleurs parmi les sept arbitres techniques du label dans le monde : le sérieux de l’accréditation ne fait aucun doute. La question est ailleurs : c’est un standard de gros, pensé pour la place boursière londonienne.

Or le particulier qui achète un lingot ne compte pas monter à la bourse de Londres négocier avec un État ou une banque centrale. Il veut thésauriser : détenir un métal titré, pesé, authentifié, qu’il pourra revendre sans difficulté. Pour cet usage, le label de gros n’apporte rien de plus que ce que garantit déjà un cadre national sérieux. Un lingot se négocie sur son titre, son poids et la confiance dans la marque qui l’a coulé. Le rachat le confirme : un lingot dont l’or est intégralement tracé et sourcé par la raffinerie qui l’a coulé se reprend mieux qu’un lingot multimarques, même labellisé LBMA.

La Belgique : la raffinerie ouverte au public

La Belgique a choisi un modèle radicalement différent. Ici, certaines raffineries ouvrent leurs portes aux particuliers, aussi bien pour la vente que pour l’achat. Un client peut se rendre directement dans une raffinerie, présenter ses bijoux, pièces ou lingots, assister aux tests de pureté et recevoir une offre calculée au gramme près, selon le cours du jour. Mais il peut également acheter des lingots certifiés, scellés et numérotés, sans passer par un intermédiaire. Cette accessibilité rare supprime les surcoûts liés aux réseaux commerciaux : pas de frais de courtage, pas de commission d’intermédiaire, vente directe chez le producteur. Le prix annoncé est le montant versé.

Chez Gold & Silver Company, cette ouverture va de pair avec une exigence que le label de gros ne couvre pas : un or recyclé d’origine européenne, tracé de la matière au lingot scellé, coulé et poinçonné à Dottignies (Mouscron) sous le poinçon d’essayeur agréé par la Monnaie Royale de Belgique. Et lorsque la conservation à domicile n’est pas souhaitée, la raffinerie propose une conservation sur place en coffres sécurisés.

Suisse et Belgique face à face

Le tableau qui suit résume ce que chaque modèle offre concrètement à un épargnant européen.

En SuisseEn Belgique
Clientèle des raffineriesBanques, institutions, industrieInstitutions et particuliers
Achat direct en raffinerieNon, réseaux de revendeurs agréésOui, vente et rachat au sein même de la raffinerie
Format de référenceBarre Good Delivery de 350 à 430 onces, pensée pour l’interbancaireDu lingotin de quelques grammes au lingot d’un kilo, pensé pour le patrimoine
Devise de transactionFranc suisse, change et frais bancaires pour un EuropéenEuro, aucune conversion pour un résident de la zone euro
Frontière pour un résident de l’UnionFrontière extérieure de l’Union, déclaration en douane dès 10 000 eurosMarché intérieur, aucune frontière extérieure à franchir
Vocation du modèleFlux institutionnels mondiauxProximité et patrimoine des particuliers

Acheter et vendre : le parcours réel, pas à pas

Au-delà des principes, ce sont les démarches concrètes qui séparent les deux modèles. Voici ce que vit réellement un épargnant de la zone euro, d’abord à l’achat, puis à la revente.

Acheter son or

En SuisseEn Belgique
L’interlocuteurUn revendeur agréé ou une banque, jamais la raffinerie elle-mêmeLa raffinerie en direct, au comptoir
La deviseFranc suisse, change et frais bancaires à l’achatEuro, aucune conversion
Le prix payéCours, plus prime, plus marge du réseau de distributionCours du jour, prix direct producteur
Rapporter son orFranchissement de la frontière extérieure de l’Union, déclaration en douane dès 10 000 eurosAucune frontière, remise en main propre ou conservation en coffre sur place

Vendre son or

En SuisseEn Belgique
L’interlocuteurUn négociant ou une plateforme, la raffinerie ne reçoit pas le publicLe guichet de la raffinerie, sur place
Le transportSortie de l’Union avec son or, déclaration en douane dès 10 000 euros, assurance à organiserTrajet intérieur, aucune formalité douanière
L’expertiseSelon les pratiques de l’enseigneTests réalisés devant le client, offre au gramme près
Le règlementEn francs suisses, rapatriement et change à prévoirEn euros, au cours du jour
La fiscalitéCelle du pays de résidence s’applique quoi qu’il arrive, vendre à l’étranger n’y change rienCadre belge détaillé sur la page fiscalité de l’or

Le point que l’on découvre souvent trop tard : la déclaration douanière vaut dans les deux sens. Le règlement européen 2018/1672 s’applique à l’entrée comme à la sortie de l’Union, et l’or y est expressément visé. Celui qui part vendre trois lingotins à Genève franchit le seuil des 10 000 euros avant même d’avoir quitté l’autoroute.

L’euro, le franc suisse et la frontière

L’autre différence tient à l’environnement économique. En Suisse, les transactions se font en francs suisses, exposant les particuliers européens aux variations de change et aux frais bancaires, à l’achat comme à la revente. La Belgique, membre de l’Union européenne et de la zone euro, permet des transactions simples et sécurisées dans la même devise. Pour un Français, un Allemand ou un Italien, cela évite toute surprise et assure une totale stabilité.

La frontière ajoute une contrainte que l’on oublie souvent : la Suisse est hors de l’Union européenne. Depuis le règlement européen 2018/1672, quiconque entre dans l’Union en transportant 10 000 euros ou plus de valeurs doit les déclarer en douane, et le texte vise expressément l’or : les pièces titrant au moins 90 %, les lingots et pépites à partir de 99,5 %. Aux cours actuels, une centaine de grammes d’or fin suffit à franchir ce seuil. L’achat en Suisse se prolonge donc en formalités au retour, quand l’achat réalisé au sein de l’Union n’impose le passage d’aucune frontière extérieure. Reste la question fiscale propre à chaque pays de résidence, que la raffinerie détaille pour la Belgique dans sa page consacrée à la fiscalité de l’or.

Deux visions du marché

La Suisse, concentrée sur les flux mondiaux, privilégie la puissance industrielle et la centralisation. La Belgique, plus accessible, mise sur la transparence et la proximité avec les particuliers. L’un concentre, l’autre démocratise. Alors que le prix de l’or a franchi des records, cette distinction prend tout son sens : la Suisse incarne la force industrielle mondiale, la Belgique s’affirme comme le carrefour européen des particuliers, offrant la possibilité d’acheter et de vendre de l’or directement à la source, en toute sécurité, sans intermédiaire. Le choix ne relève pas du patriotisme économique, il relève de l’accès : un modèle a été pensé pour les banques, l’autre pour les épargnants.

Vos questions, nos réponses

Peut-on acheter de l’or directement auprès d’une raffinerie suisse ?

Non. Les grandes raffineries suisses travaillent avec les banques et les institutions ; elles renvoient les particuliers vers des revendeurs agréés, dont elles publient la liste sur leurs sites, avec les frais de distribution que cela implique. Leurs catalogues en ligne sont des vitrines, pas des points de vente. En Belgique, certaines raffineries reçoivent le public et vendent en direct.

La Suisse raffine-t-elle vraiment 70 % de l’or mondial ?

Le chiffre circule beaucoup, la réalité est plus nuancée. Les estimations vont du tiers aux deux tiers selon la méthode de calcul : le Secrétariat d’État suisse à l’économie retient environ 1 600 tonnes raffinées en 2023 sur quelque 4 700 tonnes dans le monde, tandis que la capacité cumulée des quatre premières raffineries du pays dépasse 4 000 tonnes par an. Quel que soit le chiffre retenu, il ne change rien pour l’épargnant : ces volumes sont interbancaires et industriels, ils ne s’achètent pas au guichet.

Un lingot sans label LBMA vaut-il moins cher ?

Non. Le label LBMA est un standard du marché interbancaire de Londres, pas une condition de valeur pour un particulier. Un lingot se négocie sur son titre, son poids et la confiance dans la marque qui l’a coulé. La preuve par le rachat : les lingots coulés par Gold & Silver Company sont repris à un prix supérieur à celui des lingots multimarques, même labellisés LBMA, parce que leur or est intégralement tracé et sourcé par la raffinerie, de la matière au lingot scellé.

Faut-il déclarer en douane l’or acheté en Suisse ?

Oui, dès que la valeur transportée atteint 10 000 euros à l’entrée dans l’Union européenne, en vertu du règlement 2018/1672 : sont visées les pièces d’or titrant au moins 90 % et les lingots ou pépites dès 99,5 %. Aux cours actuels, ce seuil se franchit avec une centaine de grammes d’or fin. La déclaration se fait auprès des douanes du pays d’entrée, et son absence expose à la retenue temporaire du métal et à des amendes.

Pourquoi acheter son or en Belgique plutôt qu’en Suisse quand on vit en Europe ?

Pour trois raisons : la transaction se fait en euros, sans risque de change ni frais bancaires ; l’accès à la raffinerie est direct, sans réseau de revendeurs ; et le prix annoncé est le montant versé.

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